Qu’est ce que le journal du Res0?

On peut l’interpréter selon trois acceptions : réseau, res et 0, res et eau.

Réseau : un filet qui par ses entrelacs retient et relie les choses, un circuit qui permet de faire circuler, un protocole vu comme un mode de communication établi de façon consensuelle (à ne pas confondre avec les réseaux sociaux sur internet). 

RES et O : la chose en rapport avec le zéro ou l’inconnu. Ici, le croyant est invité à être tolérant en plaçant au-dessus ou au moins à égalité de ses croyances, tout ce qui pour lui reste un mystère.

Res et eau : la chose en rapport avec l’eau, donc en rapport avec ce qui circule de manière cyclique, avec ce qui est fluide et vital, mais surtout avec ce qui est partagé par tous sur cette Terre. Derrière cette interprétation viennent alors des comportements naturels comme l’interdépendance et la coresponsabilité.

On peut aussi qualifier le RES’O : il est scientifique dans son ouverture aux solutions innovantes pour les changements souhaités. Il est résolument optimiste car si nous savons qu’un jour tout disparaît (comme le rappelle le Yi Jing concernant notre monde, « la seule chose qui ne changera jamais est que tout change toujours tout le temps »), on sait aussi que la vie continue. Il est aussi résolument poétique car quand on cultive en soi un lien qui relie les cœurs au-delà des circonstances temporelles et physiques, rien n’est jamais séparé.

Le RES’O est aussi un vécu à travers un groupe de personnes que nous avons constitué spontanément, car non calculé et improbable tant sa composition est hétéroclite en terme d’âge, de centres d’intérêts et de savoir-faire. Et tout ceci est né lors de l’épisode du covid 19, un moment nous invitant à nous repositionner et à nous faire prendre conscience de ce qui nous rapproche fondamentalement à travers la recherche de réponses à des questions comme : quel sens donner à la vie ? Quelle place donner à l’émergence d’un nouveau récit ?

Ainsi, le res’o est avant tout un positionnement intérieur qui naît de la convergence des interprétations et qualifications précédentes. Il n’est donc pas à considérer comme une religion, une association ou un organisme placé au centre des choses.

Sa finalité essentielle est d’aider les individus à voir et à agir autrement, en interdépendance avec l’ensemble du vivant et le cours de l’histoire.

Pour cela apprendre à :

Faire des pas de côté.

Créer des interstices

Elargir ses frontières

L’humain en chemin

encre camille res0

Faire des pas de côté ?

Quand on parcourt les éditoriaux des médias disponibles, ce sont toujours les mêmes mots qui ressortent. Des mots qui nous rassurent, des mots solides et bien ancrés dont tout le monde est persuadé d’avoir des définitions claires, précises et consensuelles : culture, sciences, société, esprit, art, politique, international, environnement, sport… Et si le média est spécialisé, ses rubriques se teintent de mots attendus en rapport avec cette spécialité. Parfois, une vidéo ou un article vont nous impacter particulièrement mais ils sont tirés d’une rubrique établie, ils passent par un certain éclairage dont on n’a pas conscience puisque c’est notre quotidien. Ainsi, même si nous cherchons des réponses nouvelles à la vie, elles passent en grande majorité par le filtre de l’ancien paradigme. Et comment saisir un nouveau paradigme si on n’a pas abandonné l’ancien ?

Alors, osons !

Osons mettre en tête de liste des mots et des concepts qui interpellent nos capacités à élargir nos frontières. Prenons par exemple, interstice et Ma, énergie du coeur et Kimochi, opposés et Musubi, éthique et Kyryoku, voie et Do… Bien sûr, ces mots et ces concepts ne sont pas le fruit du hasard, ils ont été choisis mais plus par intuition que rationnellement. En les mettant par paire (approche occidentale et approche orientale) on desserre l’étau du sujet /objet. L’objet devient sujet, le sujet devient objet, entre les deux s’immiscent une zone où la relativité a sa place, où ce qui est dynamique et non figé peut s’exprimer. Une telle zone est floue, diront certains. Oui et tant mieux car le but n’est pas d’apporter des réponses toutes faites ou de renforcer des convictions, mais avant tout de contribuer à sortir des sentiers battus et apprendre à découvrir l’inconnu.

Le vocabulaire japonais a cette richesse qui permet une ouverture sur d’autres façons de voir le monde et la voie que constituent les arts martiaux et qui peut transpirer de toute discipline. Nous faisons l’hypothèse, à partir des effets propres qu’elle a eu sur nous, que cette matière travaillée ensemble est bien palpable et qu’elle nous fait avancer et nous transforme.

Les pas de côté ne nous amènent pas directement à un nouveau paradigme. Ils marquent le début d’une quête vers celui-ci en nous aidant à sortir des sentiers battus et à découvrir l’inconnu.  Enfin les pas de côtés nous entraînent à nous poser la question de notre réelle autonomie de pensée. 

Créer des interstices ?

Les interstices ici sont à la fois espace et temps médian où les opposés, sans se confondre, dialoguent. Cela a à voir avec la notion de « Ma » chère aux japonais. Le « Ma » permet de mettre en valeur les deux parties dans leurs différences et complémentarités en laissant l’une comme l’autre s’empiéter et tisser entre elles des liens subtils. Le « Ma » ne peut pas être uniquement défini rationnellement. Il fait aussi appel à la poésie, à l’intuition, il s’ouvre aux approches empiriques pourvu que le résultat soit là : une harmonie naturelle, un savant équilibre où les briques du bon, du beau et du juste délimitent des chemins qui relient.

On perd le « Ma »  lorsqu’on laisse le jardin intérieur sans entretien et sans direction. Il retombe dans le chaos et l’inconscient. Ce jardin abandonné n’a rien à voir avec la majesté des forêts primaires et sauvages. En l’humain, il est synonyme de partialité, de perte d’autonomie dans les réflexions et les décisions, de rapports de force arbitraires, etc… 

Et on entretient le « Ma » par la pratique d’un dialogue intérieur fécond, celui qui permet d’élargir la conscience.

Elargir ses frontières ?

Il s’agit d’abord et surtout d’élargir ses frontières intérieures. De plus en plus les évènements à venir nous conduiront à intégrer des incertitudes et des incompréhensions. Et tant mieux, car se sont elles qui nous permettent de nous construire, en affûtant nos capacités d’adaptation, notre éthique et notre émerveillement devant le tableau révélé de la trame du tapis de l’histoire. L’éthique ici est en rapport avec la paire solidarité et responsabilité. Plus cette  paire s’élargit et devient une constante de comportement, plus paradoxalement l’individu est clair et en paix avec son identité et tout ce qui l’entoure.

L’humain en chemin : pratiquer la voie du guerrier pacifique, lettré et poète

Pratiquer cette voie, c’est avancer sur un chemin où les épreuves qui jalonnent le parcours ne sont pas une fin en soi mais des opportunités pour chacun à progresser en sagesse, en compassion et en stabilité mentale. Cette voie est universelle, elle se nomme DO chez les japonais, Tao pour les chinois, Maat pour les anciens égyptiens, Rta dans l’Inde védique et Païdeïa en occident et dans l’antiquité.

La définition de la païdeïa nous aide à aller plus loin dans la compréhension de cette voie et son intérêt. C’est l’art et la science de l’élévation de l’âme. Et pour cela, trois étapes qui peuvent se juxtaposer sont proposées dans sa pratique :

– apprendre à ne pas être troublé, voire emporté par nos émotions et nos pulsions,

– voir les choses comme elles sont réellement plutôt que selon nos désirs,

– apprendre à méditer et contempler la nature (dont la nôtre) pour voir de plus haut et ainsi élever son âme.

Pourquoi nommer cette voie, celle du guerrier pacifique, lettré et poète ?

À juste titre, le terme « guerrier » peut faire peur, même si on y ajoute pacifique, lettré et poète. Nous l’avons quand même choisi par la position dynamique et volontaire qu’il implique dans la vie. Le guerrier pacifique lettré et poète aspire à la fois à la condition de citoyen, d’honnête homme, de défenseur, d’aventurier héroïque et de sage. Il y aspire seulement car il sait qu’il ne l’est pas complètement. Et c’est ce « pas complètement » assumé qui est intéressant, car il induit, sans jamais se résigner, une voie faite de persévérance et de courage pour s’améliorer et tenter d’agir positivement sur le monde.

 La voie du guerrier pacifique, lettré et poète, nécessite un positionnement intérieur et une façon d’envisager la vie pour tenter de transformer chaque chose vécue en expérience constructive et d’avancer malgré les épreuves.

Ce guerrier est pacifique, un paradoxe non seulement assumé mais revendiqué. La « guerre » qu’il mène est essentiellement pour la paix. Une paix qu’il cherche en lui comme autour de lui. Et cette paix n’est pas la recherche d’ordre à tout prix trop souvent synonyme de répression. C’est un équilibre savant, une crête à suivre entre ordre et désordre, conflits et accords, liberté et devoirs, aventure et responsabilité. La vie du guerrier pacifique n’est donc pas un long fleuve tranquille.

Le guerrier pacifique lettré et poète est en quête pour se mettre au service des causes qu’il perçoit comme les plus altruistes et porteuses de sens. Bien sûr, il y a la subjectivité de chacun. C’est pour cela qu’auparavant, en plus de pratiquer la voie du guerrier pacifique lettré et poète, on a  précisé un cadre : faire des pas de côtés, créer des interstices, élargir ses frontières.

Et ainsi, petit à petit, on peut souhaiter que chacun dans cette quête devient le héros de sa propre histoire, petite ou grande. Cela passe par des épreuves comme celle consistant à se retrouver face à l’extrême de ses contradictions. Mais au fond de lui, le guerrier pacifique lettré et poète garde une forme de foi en la vie, le monde, les autres et en lui-même. Et même s’il lui arrive de douter, de penser qu’il n’est pas à la hauteur, malgré tout, il garde le cap et reste  « capitaine de son âme», l’horizon finit toujours par se dégager, une étoile brille et le guide.

Pour finir ce sujet du guerrier pacifique lettré et poète, il n’est pas l’apanage de certains. En chacun il sommeille, se débat, clignote ou émerge lentement. Au départ il est plutôt discret et humble, sauf dans les moments de paroxysme où sa nature profonde se dévoile et prend les commandes. Ce n’est que très rarement qu’il resplendit dès le plus jeune âge, une étape où l’on perçoit toutefois ce qu’il sera plus tard. Car comme ces arbres multi centenaires, il a besoin de temps pour se déployer tant ses ramifications sont complexes et demandent un long et patient tissage.