L’humain en chemin

Pratiquer la voie du guerrier pacifique, lettré et poète
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Pratiquer cette voie, c’est avancer sur un chemin où les épreuves qui jalonnent le parcours ne sont pas une fin en soi mais des opportunités pour chacun à progresser en sagesse, en compassion et en stabilité mentale. Cette voie est universelle, elle se nomme DO chez les japonais, Tao pour les chinois, Maat pour les anciens égyptiens, Rta dans l’Inde védique et Païdeïa en occident et dans l’antiquité.

La définition de la païdeïa nous aide à aller plus loin dans la compréhension de cette voie et son intérêt. C’est l’art et la science de l’élévation de l’âme. Et pour cela, trois étapes qui peuvent se juxtaposer sont proposées dans sa pratique :

– apprendre à ne pas être troublé, voire emporté par nos émotions et nos pulsions,

– voir les choses comme elles sont réellement plutôt que selon nos désirs,

– apprendre à méditer et contempler la nature (dont la nôtre) pour voir de plus haut et ainsi élever son âme.

Pourquoi nommer cette voie, celle du guerrier pacifique, lettré et poète ?

À juste titre, le terme « guerrier » peut faire peur, même si on y ajoute pacifique, lettré et poète. Nous l’avons quand même choisi par la position dynamique et volontaire qu’il implique dans la vie. Le guerrier pacifique lettré et poète aspire à la fois à la condition de citoyen, d’honnête homme, de défenseur, d’aventurier héroïque et de sage. Il y aspire seulement car il sait qu’il ne l’est pas complètement. Et c’est ce « pas complètement » assumé qui est intéressant, car il induit, sans jamais se résigner, une voie faite de persévérance et de courage pour s’améliorer et tenter d’agir positivement sur le monde.

 La voie du guerrier pacifique, lettré et poète, nécessite un positionnement intérieur et une façon d’envisager la vie pour tenter de transformer chaque chose vécue en expérience constructive et d’avancer malgré les épreuves.

Ce guerrier est pacifique, un paradoxe non seulement assumé mais revendiqué. La « guerre » qu’il mène est essentiellement pour la paix. Une paix qu’il cherche en lui comme autour de lui. Et cette paix n’est pas la recherche d’ordre à tout prix trop souvent synonyme de répression. C’est un équilibre savant, une crête à suivre entre ordre et désordre, conflits et accords, liberté et devoirs, aventure et responsabilité. La vie du guerrier pacifique n’est donc pas un long fleuve tranquille.

Le guerrier pacifique lettré et poète est en quête pour se mettre au service des causes qu’il perçoit comme les plus altruistes et porteuses de sens. Bien sûr, il y a la subjectivité de chacun. C’est pour cela qu’auparavant, en plus de pratiquer la voie du guerrier pacifique lettré et poète, on a  précisé un cadre : faire des pas de côtés, créer des interstices, élargir ses frontières.

Et ainsi, petit à petit, on peut souhaiter que chacun dans cette quête devient le héros de sa propre histoire, petite ou grande. Cela passe par des épreuves comme celle consistant à se retrouver face à l’extrême de ses contradictions. Mais au fond de lui, le guerrier pacifique lettré et poète garde une forme de foi en la vie, le monde, les autres et en lui-même. Et même s’il lui arrive de douter, de penser qu’il n’est pas à la hauteur, malgré tout, il garde le cap et reste  « capitaine de son âme», l’horizon finit toujours par se dégager, une étoile brille et le guide.

Pour finir ce sujet du guerrier pacifique lettré et poète, il n’est pas l’apanage de certains. En chacun il sommeille, se débat, clignote ou émerge lentement. Au départ il est plutôt discret et humble, sauf dans les moments de paroxysme où sa nature profonde se dévoile et prend les commandes. Ce n’est que très rarement qu’il resplendit dès le plus jeune âge, une étape où l’on perçoit toutefois ce qu’il sera plus tard. Car comme ces arbres multi centenaires, il a besoin de temps pour se déployer tant ses ramifications sont complexes et demandent un long et patient tissage.