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Dans les pas d’un géant : Ulysse from Bagdad

oeil dans la main Gibran
Le Monde Divin, Khalil Gibran en 1923.

Ulysse from Bagdad est un roman écrit par Eric-Emmanuel Schmitt et publié en 2008. L’auteur, qui dans ses romans comme ses pièces de théâtre sait si bien extraire ce qui relève de la quête et du sens dans la vie humaine, aborde deux sujets graves : la guerre et l’immigration clandestine. L’histoire, une fiction inspirée de faits réels et de l’Odyssée d’Homère, est celle de Saad Saad (“Espoir Espoir” en arabe et “Triste Triste” en anglais), un Arabe d’Irak d’une vingtaine d’années qui souhaite émigrer à Londres après la chute de Saddam Hussein. En effet, à partir de 2003 le chaos s’installe dans un pays qui peine à trouver son équilibre démocratique, et la vie quotidienne des Bagdadis est soudain hantée par la peur des attentats. Saad est confronté à la mort de plusieurs proches : Leila, sa fiancée, victime d’un missile tombé sur son immeuble ; son père, tué par erreur par les Américains ; Salma, « sa petite fiancée », sa nièce de six ans qui courait à travers Bagdad quotidiennement pour rassurer les femmes de la maison que Saad était toujours vivant ; Boub, son fidèle compagnon de voyage. Son périple est présenté comme la quête d’un avenir meilleur, symbolisé par l’Occident, et plus particulièrement par l’Angleterre, le pays d’Agatha Christie dont les romans, interdits sous le régime de Saddam Hussein, avaient fasciné Leila et Saad.

Tour de Babel, Bruegel L’Ancien, vers 1563, huile sur bois.

Des parallèles avec l’Odyssée d’Homère peuvent être décelés dans de nombreux passages1 Le voyage d’Ulysse est exploré plus en détail dans le Cycle du Guerrier – Partie 4 . Pour en souligner quelques-uns, la figure des Lotophages se retrouve dans la présence des 2 opiomanes et receleurs d’œuvres d’art qui permettent à Saad de quitter l’Irak; Saad crève l’oeil du Cyclope, un homme borgne à qui il doit échapper pour fuir le centre de détention à Malte; lorsqu’il échoue sur une plage de Sicile, il rencontre l’amour auprès d’une belle italienne, à l’image de Nausicaa; enfin l’idée de se cacher sous un mouton dans un troupeau est reprise lorsque Saad s’accroche au dessous d’un camion pour quitter l’Italie (Marques, 2014, p.44-46).

Le personnage de Saad est la grande force de ce roman, car sa persévérance face à l’infinité de défis auxquels il doit faire face surprend le lecteur chaque fois que Saad atteint une nouvelle destination. Le personnage créé par Schmitt reflète la réalité humaine, c’est-à-dire que l’identité de chacun a plusieurs facettes. Au fil des pages, des nouvelles épreuves rencontrées et de la famine, on comprend comment Saad (et tant d’autres) sombrent volontairement dans la clandestinité et finissent par devenir des déportés. En effet, ceux qui se lancent sur des barques en Méditerranée pour aller s’échouer en Europe ou au fond de l’eau, ont été déracinés dans leur propre pays et font ce voyage comme ultime recours. Le livre d’Éric-Emmanuel Schmitt « interroge la condition humaine, et surtout, le concept d’identité » (Marques 2014, p.42) et permet d’imaginer pourquoi ils abandonnent leurs pays, prennent le risque d’être traqués car sans-papiers, d’être réfugiés, arrêtés dans des camps, refoulés d’un pays qui représente l’espoir.

Pour rappeler rapidement le contexte géopolitique, avec le printemps arabe de 2011, on a vu s’embraser le nord de l’Afrique et une partie du Moyen Orient. En Occident, on nous fait croire que la raison principale des révoltes est l’émancipation des peuples envers leurs dictateurs, qui étaient cautionnés jusqu’à présent par nos démocraties. Or les principales raisons de ces révoltes sont la faim, le coût des aliments de base, l’absence de travail et le désespoir né de la certitude que dans ces pays, on ne peut plus vivre décemment.

Certains passages d’Ulysse from Bagdad (2008) donnent matière à réflexion. Ainsi, quand Saad fait une demande à l’ONU pour obtenir le statut de réfugié, il se heurte à l’orgueil des Occidentaux qui ont délivré l’Irak de la dictature et offert au peuple irakien la démocratie. Si les Irakiens ne savent pas recevoir un tel cadeau, l’Occident s’étonne de la nostalgie d’un peuple pour les heures plus paisibles de la dictature. Ainsi, on se sent empli d’incompréhension et de révolte devant la position qui est en fin de compte la nôtre, celle de l’Occident (Marques 2014, p.46). Même les atrocités subies par les compagnons de voyage de Saad ne suffisent pas à rentrer dans le club très sélect des réfugiés.

Et pour finir, il y a ces mots que nous livre un médecin français qui vient en aide aux sans-papiers, et qui remet même en cause l’Union Européenne : “Le problème des hommes, c’est qu’ils ne savent s’entendre entre eux que ligués contre d’autres. C’est l’ennemi qui les unit. En apparence, on peut croire que le ciment joignant les membres d’un groupe, c’est une langue commune, une culture commune, une histoire commune, des valeurs partagées ; en fait, aucun liant positif n’est assez fort pour souder les hommes ; ce qui est nécessaire pour les rapprocher, c’est un ennemi commun. Regardez ici, autour de nous. Au XIXème siècle, on invente les nations, l’ennemi devient la nation étrangère, résultat : la guerre des nations. Après plusieurs guerres et des millions de morts, au XXème siècle, on décide d’en finir avec les nations, résultat : on crée l’Europe. Mais pour que l’Union existe, pour qu’on se rende compte qu’elle existe, certains ne doivent pas avoir le droit d’y venir. Voilà, le jeu est aussi bête que cela : il faut toujours qu’il y ait des exclus.”Voici un discours qui frappe par la justesse de l’analyse et qui, figurant dans un roman publié en 2008, nous fait prendre conscience qu’aujourd’hui ce texte est encore plus que jamais d’actualité. Tout d’abord, il permet de comprendre à quel point reste encore dissimulé le rôle des différents acteurs à l’origine de cette vague migratoire qui, à l’inverse d’Ulysse qui tente de rentrer chez lui, pousse tant d’êtres humains à l’exil, reste encore en grande partie dissimulé. Enfin, on ferme ce livre avec la compréhension que, déracinés dans leur propre pays, beaucoup vont prendre le risque de partir vers l’inconnu, décrit comme un “eldorado” (Gaudé, 2006) pour conjurer la peur de la déportation. Ce risque encouru peut amener les concernés à perdre pied, et les difficultés sont tellement omniprésentes que la menace de devenir des “hommes de masse”2L’homme de masse, terme développé par Hannah Arendt après la seconde guerre mondiale, n’a pas, n’a plus, de conviction propre. Il a capitulé de l’intérieur et se retrouve déraciné et isolé même au milieu des siens. L’idéologie totalitaire par sa rationalité le rassure et lui donne l’impression de faire partie d’un tout organisé. L’homme de masse est séduit par la cohérence et l’apparente infaillibilité du système. La principale caractéristique de l’homme de masse n’est pas la brutalité ou le retard mental, mais l’isolement et le manque de rapports sociaux normaux. pointe à l’horizon, en particulier si le positionnement intérieur n’est pas suffisamment solide et préparé.

Steve Jobs
Une oeuvre réalisée par Banksy à Calais.
Bibliographie
  • Gaudé, Laurent (2006) Eldorado. Actes Sud.
  • Schmitt, Eric-Emmanuel (2008) Ulysse from Bagdad. Paris : Editions Albin Michel.

Références

1 Le voyage d’Ulysse est exploré plus en détail dans le Cycle du Guerrier – Partie 4
2 L’homme de masse, terme développé par Hannah Arendt après la seconde guerre mondiale, n’a pas, n’a plus, de conviction propre. Il a capitulé de l’intérieur et se retrouve déraciné et isolé même au milieu des siens. L’idéologie totalitaire par sa rationalité le rassure et lui donne l’impression de faire partie d’un tout organisé. L’homme de masse est séduit par la cohérence et l’apparente infaillibilité du système. La principale caractéristique de l’homme de masse n’est pas la brutalité ou le retard mental, mais l’isolement et le manque de rapports sociaux normaux.
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Cycle du guerrier – partie 5 : Le guerrier des peuples premiers

Pourquoi s’intéresser au personnage de guerrier et pourquoi l’associer à la notion de cycle ?

Parce que tel qu’est défini ici le guerrier, sa vie pleine de sens et qui marque les esprits nous inspire. Parce qu’à tous les moments charnières des cycles de l’histoire, il est présent au cœur des événements cruciaux pour servir de repère. Enfin, compte tenu de la tournure incertaine que prend le premier quart du XXI° siècle, chercher la façon dont ce modèle pourrait se décliner aujourd’hui semble particulièrement opportun.

Ce cycle s’articule en sept parties : la première décline un modèle général de guerrier, les cinq suivantes s’appuient sur des guerriers mythiques ou des groupes. L’ensemble tente, à l’échelle du globe et depuis 2500 ans, de déceler à la fois une universalité et des particularités du guerrier qui évoluent dans le contexte historique. Mais une évolution vers quoi ? Peut-être, avec le 21° siècle, vers ce qu’on a nommé le guerrier pacifique, lettré et poète. La septième partie, intitulée Poèmes du guerrier, est l’entre deux, l’apnée entre l’inspire / expire, le vide médian pour s’imprégner autrement. C’est l’espace et le temps où les points de vue, les questions et les réponses peuvent se rencontrer sans changer pour autant mais ce faisant vont permettre l’émergence de nouveaux points de vue, de nouvelles questions et réponses. 

Par la lecture des sept parties de ce cycle du guerrier, on invite chacun à s’interroger sur la neutralité ou pas de l’histoire et le sens à donner à sa propre vie

Partie 5 : Le guerrier des peuples premiers

La notion de peuples premiers est à entendre avec le plus grand respect, sans la connotation péjorative ou hiérarchique qui peut parfois exister avec les peuples primitifs. Les peuples premiers sont ceux qui ont su garder le lien avec les temps premiers, le temps des origines. Tous seraient alors dépositaires de ce qu’on peut appeler la Tradition, au singulier, à considérer dans son sens étymologique, « tradere », transmettre : ce qui par la mémoire des humains a été transmis de génération en génération. Dans ce sens on peut aussi les appeler « les peuples racines » ou encore « les peuples reliés ». Un des aspects essentiels qui les caractérisent est l’importance qu’ils donnent à la dimension magique. On entend par magique une approche attribuant aux objets, aux comportements, aux situations une capacité opératoire et invisible aux sens communs. C’est cet aspect qui certainement fait qu’encore aujourd’hui ils sont si peu pris en considération. Il y a aussi la symbiose naturelle avec le milieu qu’ils occupent. Ce sont des humains reliés ne générant pas de déséquilibre entre ce qu’ils prennent et ce qu’ils donnent.

Musée du quai Branly, collection Océanie : tambours à fente

source photo : detourdesmondes

Les peuples premiers dont nous parlons ici sont ceux qui répondent de cette transmission organique et réactualisée, et non pas sous forme automatique. L’automatisme au contact de la modernité a ce danger de faire sombrer rapidement une civilisation dans le pire de ce qui est vanté et proposé. L’Histoire a de nombreux exemples de telles déliquescences. Le peuple premier résiste au monde-machine car il a conscience de sa propre valeur et des dangers potentiels de ce qui vient d’ailleurs, lorsque l’extérieur n’est pas mis en dialogue avec leur propre façon d’être au monde. S’il ne rejette pas le monde moderne quand ce dernier n’est pas trop invasif, le peuple premier cultive sa différence qu’il partage bien volontiers quand le respect et l’écoute sont réciproques.

Cette résistance est la preuve de l’existence du statut de guerrier en son sein.

Les peuples premiers, par leurs rapports au monde et au cosmos, sont en parfaite harmonie avec la nature, dont l’humain est toujours partie intégrante et non séparé du fonctionnement de ce cosmos. De ce fait se prolonge une sorte d’immuabilité dans le fonctionnement de leurs sociétés. Le parcours du guerrier des peuples premiers est marqué par cette immuabilité, même si lui aussi (comme les autres guerriers déjà présentés) passe par trois étapes : la préparation, la mise à l’épreuve et le grand sacrifice plutôt que le retour. Par rapport aux autres textes du cycle du guerrier et parce que les peuples premiers sont nos contemporains, on qualifie la 3ème étape ainsi car le retour dans les conditions d’origine est plus qu’incertain. Cela demande donc à chaque guerrier concerné de s’impliquer prioritairement pour le bien du monde dans son ensemble sachant que ce qu’il aime (sa civilisation, ses proches) très certainement ne pourront pas perdurer. 

Indiens sur le fleuve Amazonie

Source Photo: Festival International des Peuples Autochtones Unis, FIPAU
La préparation :

Les peuples premiers vivent en communauté. Les enfants sont très souvent les enfants de toute la communauté. De ce fait, ils sont connus et reconnus dès le plus jeune âge. Parfois dès la naissance mais toujours avant sept ans, un rite va consacrer l’enfant par son nom et des attributs spécifiques. La magie, quand elle est opérative, a cette faculté d’éclairer ce qui est en devenir. Chaque être est alors marqué d’une ou plusieurs énergies spécifiques en conjonction ou opposition, qu’il aura à actualiser harmonieusement pour le bien de la communauté. Dans cette approche, il n’y a pas de « bonne ou mauvaise pioche », mais un potentiel à révéler et orienter pour que l’individu s’épanouisse. La petite enfance est le temps de l’innocence et de la spontanéité, toujours accompagnée d’un gardien tutélaire bienveillant ou ange gardien. Les adultes au contact du petit enfant seront attentifs à mémoriser les particularités le concernant qui ne manqueront pas d’arriver, signes précurseurs du futur adulte.

Vers les sept ans, un deuxième rite va s’accomplir. C’est l’âge des dents de lait qui tombent, l’âge de la prise de conscience de soi-même, des premières responsabilités et choix moraux. Le gardien tutélaire peut quitter l’enfant qui est mis à l’épreuve d’une plus grande autonomie. Si dès les premières années, la communauté des peuples premiers a déjà une idée de ce que peut devenir l’enfant, c’est lors de cette nouvelle période de 7 à 14 ans, que vont se confirmer ses aptitudes et caractéristiques. Dans la communauté, toutes les activités des adultes sont ouvertes et participatives sauf pour certains aspects qui relèvent des esprits et de la sagesse, où le nombre de participants est restreint non pas pour être caché mais compte tenu de la complexité et des aptitudes qui y sont parfois nécessaires. Dans cette période, le jeune enfant va acquérir par osmose des savoir-faire et savoir-être qui l’intègrent toujours plus à son milieu. Quand arrive la puberté, plusieurs rites de passages vont amener l’individu au stade d’adulte avec les questions de respect et de responsabilité, de sauvegarde de la lignée, ainsi que de transfert des pouvoirs d’un groupe d’âge au suivant, en validant des savoirs autochtones. Pour les guerriers l’accent est mis sur des épreuves de courage et d’endurance, de gestion des conflits et une transmission magique des traditions et des compétences de vie essentielles. Selon ce qui a émergé en chacun, le jeune adulte se rapproche alors d’un « mentor » qui lui correspond. C’est la fin de la phase préparatoire.

Kenya, ( rite de passage chez les Maasaï )

De jeunes filles Maasaï dansent pendant un rite de passage à Esiteti, sud du Kenya photo par : Samuel Siriria
La mise à l’épreuve :

Si pour la plupart des individus les épreuves s’arrêtent avec leur intégration en tant qu’adulte, elles continuent pour les guerriers. Ces derniers, parfois aidés par les anciens, vont apprendre à faire des choix pour le collectif. Leur plus grande épreuve à ce stade est de trouver des solutions pour non seulement préserver mais rendre attractif le mode de vie du peuple premier pour les jeunes autochtones, dans un contexte très souvent perturbé et instable en raison d’un ou plusieurs facteurs (dérèglement climatique, intrusions violentes pour l’accaparement de terres ou de richesses naturelles, intrusion du mode de vie occidental, tourisme à sensation, maladies exotiques, etc…). Ici se situe la faiblesse de la plupart des peuples premiers car, comme souligné précédemment, leur fonctionnement est immuable, donc basé sur une certaine stabilité et donc des difficultés à s’adapter à l’hétérogène.

Quand le guerrier d’un peuple premier, par son rayonnement, contribue à maintenir la cohésion de sa communauté, il a à passer une nouvelle épreuve d’introspection née avec la fin du 20° siècle. Aidé par la magie et avec les conseils des sages et des ancêtres (ces derniers n’ayant pas eu l’expérience de cette nouvelle épreuve), il doit prendre conscience de la place de son peuple dans le monde comme rôle d’intermédiaire pour traduire les messages de la Terre et de toutes les forces visibles et invisibles de la nature.

Si le guerrier des peuples premiers arrive à cette conscience de porte-parole de signaux faibles (faibles du point de vue des humains au mode de vie dominant), il peut alors prendre son bâton de pèlerin et parcourir le monde, afin de contribuer au bien de sa communauté, mais aussi et surtout au bien du monde dans son ensemble. L’épreuve est alors d’ajouter à leur communication invisible pour l’équilibre du monde, une communication physique et compréhensible par le reste des humains. Il passe l’épreuve de la grande contradiction en allant secourir ceux qui souvent sont à l’origine de l’affaiblissement, du déclin ou de la mort de son peuple.

Témoignages d’indiens Kogis en France

De gauche à droite : José Pinto, Arregoces Coronado, l’interprète, José Gabriel, Eric Julien. 
Photo : Mélanie Volland, Aparté.com
Le grand sacrifice :

Le guerrier des peuples premiers tente d’incarner un rôle de passerelle. Il est confronté à la difficulté de traduire intelligiblement le message des signaux faibles qu’il représente et être entendu à la bonne échelle. Il est le petit colibri qui amène sa goutte d’eau face à l’incendie d’une forêt et il est confronté à la faiblesse intérieure de ceux qui ont la force extérieure, rarement disposés à l’écouter et le prendre en compte. Il passe l’épreuve d’Atlas et du poids du monde. Il vit périodiquement loin des siens dans un environnement aux antipodes de ses aspirations. Comme dans l’histoire d’Ulysse, il doit faire le deuil du passé et de l’avenir en acceptant qu’il ne sauvera peut-être ni son monde, ni le monde.

Il connaît ou peut connaître le scénario du futur en bien ou en mal pour ses proches comme pour le monde, et au-delà du résultat il persévère dans son rôle de lanceur d’alerte. Cette fois-ci, il est à l’épreuve de reconnaître ses pairs, et de se relier à eux pour créer un réseau plus puissant et efficace qu’en restant isolé. A l’échelle de tous les peuples premiers et de leurs représentants, on peut dire que cette épreuve est en cours dans cette première moitié du 21° siècle. L’épreuve suivante, à prendre comme une hypothèse, serait celle du grand sacrifice. En sacrifiant son mode de vie, le guerrier des peuples premiers pourrait inciter en retour ceux au mode de vie occidental à faire de même. Ce pari représenterait pour l’ensemble des peuples humains un grand saut dans l’inconnu, qui aurait comme conséquence non pas la perte de leurs racines, mais la création de nouveaux entrelacs de racines entre tous.

Il est difficile de fermer les yeux sur la réalité du déclin et de l’hécatombe des peuples premiers aujourd’hui, et sur leur difficulté à résister aux pressions extérieures qui rongent leurs espaces et modes de vie, et ce depuis des siècles. Seulement, avec la fin du 20° siècle, ce que l’on nomme la 6° extinction touche aussi de plein fouet tous les peuples premiers, sans exception. Combien de guerriers des peuples premiers vont réussir à passer les épreuves énoncées avant d’être laminés par le rouleau compresseur du monde-machine ? Pourraient-ils être aidés par des guerriers issus de ce monde-machine, si tant est qu’ils existent ?

Brésil, 2017, 1ère réunion de représentants de peuples autochtones de tous les continents

Sonia Guajajara (coordinatrice de l’APIB – Articulação dos Povos Indígenas do Brasil),
le Cacique Raoni Metuktire, Marishöri Najashi Ashaninka (ambassadrice de l’Alliance),
et Gert-Peter Bruch (président de Planète Amazone) annonçant la tenue de la Grande
Assemblée de l’Alliance des Gardiens de Mère Nature au Campement Terre Libre, en avril 2017 à Brasília.
Photo : © Planète Amazone / Constance Gard