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Affronter les futurs incertains

chèvre incertitudes
Chèvre des montagnes rocheuses | source inconnue

Incertitudes 

La perspective d’un futur incertain nous met face aux limites d’une existence assimilée à un rôle social. En restant figé sur un métier, ou sur des objectifs matériels, on découvre que lorsqu’ils cessent d’exister, ou qu’ils risquent de cesser d’exister,ce que l’on pensait être des racines solides est potentiellement très vite déraciné. 

Aujourd’hui, il faut bien se le dire, l’incertitude face au futur est telle que bien qu’en tentant de prendre en compte tous les éléments, toutes les variables, climatiques, économiques, sociales, politiques possibles et en considérant toutes les options pour notre orientation, on finit par se rendre compte que le futur est réellement incertain. Même en s’orientant pour vivre avec l’autonomie alimentaire, en pleine nature, dans un bunker, en communauté, rien ne nous garantit finalement une réelle stabilité, sécurité pour notre futur ou celui des prochaines générations.

Parmi les facteurs plus ou moins incertains à effets potentiellement dramatiques, les points listés ci-dessous sont ceux qui pourraient avoir le plus d’impact, si l’on se base entre autres sur les scénarios du GIEC1GIEC : Groupe International d’experts de l’Évolution du Climat, et notamment le RCP 8,52Le scénario 8,5 correspond à un scénario où aucun effort sur les émissions des gaz à effet de serre n’est réalisé et où la croissance de la consommation énergétique est la même aujourd’hui, jusqu’en 2050., ou encore le rapport Meadows sur les limites à la croissance. À aucun moment n’est affirmé ici que nous suivrons ces scénarios, ou encore que ces modélisations sont exactes car prédire l’avenir avec des modèles mathématiques a très certainement des limites. Mais tout de même, prendre en compte ces données peut nous éclairer sur ce qui pourrait possiblement advenir. Sans compter sur le fait que les cris d’alarme de nombreux scientifiques se multiplient, mais que les implications sous-jacentes qu’ils amènent sont très rarement discutées3« Que les décideurs politiques ouvrent le débat sur l’effondrement de la société pour que nous puissions commencer à nous y préparer » – 10/12/2020 –   lemonde.fr –  https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/12/10/que-les-decideurs-politiques-ouvrent-le-debat-sur-l-effondrement-de-la-societe-pour-que-nous-puissions-commencer-a-nous-y-preparer_6062912_3232.html

L’appel de 1 000 scientifiques : « Face à la crise écologique, la rébellion est nécessaire » 20/02/2020 – lemonde.fr –https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/02/20/l-appel-de-1-000-scientifiques-face-a-la-crise-ecologique-la-rebellion-est-necessaire_6030145_3232.html
.

Cette liste est loin d’être exhaustive et pourrait aussi inclure bien d’autres incertitudes : économiques, sociales ou encore politiques… 

Hausse des températures4Le problème n’est pas tant la hausse des températures mais la vitesse à laquelle le changement se produit : l’augmentation précédente de température la plus rapide dans les 800 000 dernière années a été de +1°C, on se dirige dans le cas du RCP 8,5 vers un changement 10 fois plus rapide. :
+3°C à +5°C degrés de moyenne globale avant 2100 – GIEC, soit sur les continents +5°C à +7°C

Conséquences directes de la hausse des température :
– Incapacité des écosystèmes à s’adapter et à se déplacer assez vite. Les années de sécheresse en France deviendraient la nouvelle norme (inutile de décrire l’impact sur l’agriculture, chute des rendements). On constate déjà aujourd’hui dans de nombreuses régions/pays la disparition d’essences d’arbres et une augmentation de la fréquence des feux de forêt'5Fôrêts victimes de la sécheresse : “Le changement climatique est 10 fois plus rapide que la capacité d’adaptation des espèces” – 18/09/2020 – Marianne.net https://www.marianne.net/societe/forets-victimes-la-secheresse-le-changement-climatique-est-10-fois-plus-rapide-que-la, alors que les températures ont seulement augmenté d’1°C depuis 1850-1900 (l’augmentation des températures n’est pas uniforme).

– Diminution de la quantité d’eau potable provenant des glaciers qui jouent le rôle de château d’eau de la planète. Le volume des glaciers risque de diminuer entre 30 et 70% d’ici à 21006Les glaciers alpins ont déjà perdu entre 20 et 30% de leur volume depuis 1980 et pourraient voir leur volume régresser à nouveau de 30 à 70% d’ici à 2050 !
Inquiétudes sur la ressource en eau en montagne – 22/03/19 – La Revue l’Eau, l’Industrie, les Nuisances – https://www.revue-ein.com/actualite/inquietudes-sur-la-ressource-en-eau-en-montagne.

Impacts du changement climatique : Montagne et Glaciers – 16/11/2020 – ecologie.gouv.fr 
https://www.ecologie.gouv.fr/impacts-du-changement-climatique-montagne-et-glaciers

La « transfiguration » des Alpes, une « vision apocalyptique » du changement climatique – 01/02/2021 – lemonde.fr
https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/01/dans-les-alpes-une-vision-apocalyptique-du-changement-climatique_6068319_3244.html
. Raréfaction de l’accès à l’eau potable en perspective.

– Migrations massives liées au changement climatique et à de larges zones devenant difficilement vivables (montée des eaux, températures). Concernant seulement la montée des eaux, 10% de la population mondiale, soit près de 680 millions de personnes vivant près des côtes seraient menacés d’ici 2100 (Scénario RCP 8,5).

– Dans les 50 prochaines années, si l’on suit le scénario RCP 8,5 du GIEC, il est projeté7Future de la niche climatique humaine / Future of the human climate niche – 26/05/2020 – PNAS – (article pour les anglophones) https://www.pnas.org/content/117/21/11350
qu’un tiers de la population mondiale se retrouverait dans des zones avec des températures moyennes annuelles supérieures à 29°C (aujourd’hui 0,8% de la surface terrestre, zones principalement concentrées dans la région du Sahara).

– Ce sont les régions les plus pauvres qui seraient affectées. La niche de température propice à la vie humaine et les zones fertiles risquent de se déplacer plus en 50 ans qu’en 6000 ans.

– Les humains peuvent survivre dans des zones avec des températures élevées, mais seulement si l’air est suffisamment sec. Les chaleurs humides peuvent rapidement dépasser les capacités de refroidissement du corps humain. A partir de 2070, en Chine, en Inde et au Moyen-Orient, toujours dans le scénario RCP 8,5 du GIEC, plus d’un demi-milliard de personnes seraient touchées par des vagues de chaleurs humides pour lesquelles n’importe quel mammifère, même en bonne santé, ne peut survivre plus de 6h d’affilée.8Étude : Le golfe Persique pourrait connaître des chaleurs mortelles / Study: Persian Gulf could experience deadly heat – 26/10/2015 –  news.mit.edu.com – https://news.mit.edu/2015/study-persian-gulf-deadly-heat-1026 

La plaine du nord de la Chine menacée par des vagues de chaleur mortelles dues au changement climatique et à l’irrigation / North China Plain threatened by deadly heatwaves due to climate change and irrigation – 31/07/18 – nature.comhttps://www.nature.com/articles/s41467-018-05252-y

Boucles de rétroaction positive9La rétroaction est l’action en retour d’un effet sur sa propre origine, on parle d’une boucle de rétroaction positive dans ce cas précis car l’augmentation des températures vient faire fondre les couches du permafrost, et libérer progressivement des gaz à effets de serre (méthane, CO2), qui participent à leurs tours à faire augmenter les températures. Cette rétroaction vient donc impacter « positivement » l’origine de l’augmentation des températures. : Fonte du pergélisol10Le pergélisol (permafrost en anglais) désigne les sols dont la température se maintient en dessous de 0°C pendant plus de 2 ans., permafrost en anglais (estimée entre 30% et 99% d’ici 2100 du fait de l’augmentation des températures) avec la « bombe11Des centaines de milliards de tonnes de carbone sous la forme de CO2 et de méthane. » de méthane et de CO2 qu’il contient, et l’impact supplémentaire sur l’augmentation des températures. D’après le modèle ESCIMO, nous avons déjà atteint la température à partir de laquelle le pergélisol fond lentement et libère du méthane, et même si nous stoppions toutes nos émissions dès demain, les températures atteindraient 2,3 degrés supplémentaires en 2070 et continueraient d’augmenter pendant des siècles12Un modèle du système terrestre montre une fonte auto-entretenue du permafrost même si toutes les émissions de GES d’origine humaine cessent en 2020) +/ An earth system model shows self-sustained thawing of permafrost even if all man-made GHG emissions stop in 2020 – nature.com –  article pour les anglophones :  https://www.nature.com/articles/s41598-020-75481-z. N’oublions pas les bactéries qu’il renferme et qui pourraient faire passer le Covid-19 pour un simple éternuement13Russie, un enfant meurt à cause de l’anthrax libéré par la fonte des sols gelés. 02/08/2016 – leparisien.fr –https://www.leparisien.fr/faits-divers/russie-un-enfant-meurt-a-cause-de-l-anthrax-liberee-par-la-fonte-des-sols-geles-02-08-2016-6011361.php.

Pic « tous pétroles14Le pic du pétrole conventionnel a eu lieu en 2008 et son extraction est en baisse depuis cette année. Le pic tous pétrole aura lieu d’ici 2025. Pour ralentir ce pic, il faudrait multiplier la production du pétrole de schiste au moins par 3. Or le pétrole de schiste continue de perdre de l’argent aux États-Unis. Source : A.I.E. Agence internationale de l’énergie. » : il  serait imminent et l’approvisionnement en pétrole menace de décliner rapidement d’ici à 203015Étude du Think tank : Shift Project : Déclin de l’approvisionnement de L’UE en pétrole d’ici 2030. – https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2020/06/%C3%89tude_D%C3%A9clin-de-lapprovisionnement-de-lUE-en-p%C3%A9trole-dici-2030_TSP.pdf

L’europe risque de manquer de pétrole d’ici à 2030 – 23/06/2020 – lemonde.fr-
https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/06/23/l-europe-risque-de-manquer-de-petrole-d-ici-a-2030_6043842_3234.html
. Et alors que la demande continue d’augmenter, elle risque de dépasser l’offre disponible avant même le déclin de l’approvisionnement. 

– De nombreux régimes se maintiennent en place grâce à la production pétrolière, on peut se demander comment ils réagiront une fois ces ressources épuisées (exemple : Russie), alors que bien des guerres ont éclaté pour son contrôle (Irak, Libye etc.)

– Le pétrole constitue 70% de la consommation énergétique du secteur agricole en France. 

Ces différents constats ont pu être croisés et regroupés afin de pouvoir les mettre en perspective, notamment pour alerter l’humanité quant à leurs conséquences. 

Parmis les cris d’alarmes des scientifiques, celui du rapport Meadows Les limites à la croissance dans un monde fini (1972, réactualisé en 2012, et prenant en compte les phénomènes précédents). dont nous suivons avec une effroyable précision les courbes16Evaluation des données du modèle World3 avec des données empiriques – Gaya Branderhor/Harvard https://dash.harvard.edu/bitstream/handle/1/37364868/BRANDERHORST-DOCUMENT-2020.pdf?sequence=1
traduction française disponible ici
de son modèle “Business as usual” . Ce rapport indique qu’à partir de 2030, la population mondiale cesserait d’augmenter pour venir s’écrouler d’un demi-milliard par décennies jusqu’en 2100. La cause principale ? Les famines.

sol gelé
Photographie d’un pergélisol | source

Comment s’orienter ?

Faut-il s’affoler ?
Faut-il alors changer d’orientation, choisir un autre métier, une autre activité ? Se préparer aux éventualités ? Vite s’armer ? Aller militer ? Vivre en communauté ? Changer toutes ses habitudes ?

Est-ce que tout cela a du sens si tous nos efforts risquent finalement d’être insuffisants face à la quantité et variété d’épreuves possibles que risque de nous réserver le futur ? 

Mais alors faut-il à l’opposé continuer sur notre trajectoire, profiter pendant qu’on le peut et s’adapter lorsque les évènements ne nous laisseront clairement plus le choix ?

Ce qui nous est assez clairement demandé, c’est de commencer à intégrer ces possibilités et de faire des choix qui prennent en compte les incertitudes du futur, tout en acceptant que finalement rien ne garantisse que nos choix seuls suffisent à nous préparer.

C’est pourquoi il est impératif que nous continuions à vivre, à préserver le souffle de la curiosité, de l’art, de la vie poétique… 

Prendre une telle direction nécessite d’être orienté au-delà de la simple survie. Il ne s’agit pas simplement de préserver la planète car elle nous survivra de très loin, ni seulement de permettre à nos enfants de survivre, mais il s’agit de garder notre dignité et celle des futures générations.

La nécessité de se relier et de trouver des modèles

« L’être humain sans liens manque de totalité. Il ne peut atteindre la totalité que par l’âme, et l’âme ne peut exister sans son autre côté qui se trouve toujours dans un « vous ». La totalité est une combinaison de Je et de Tu et ceux-ci se révèlent être des parties d’une unité transcendante dont la nature ne peut être saisie que symboliquement (…) 
Carl G. Jung : Volume 16 des œuvres complètes.

Comment ? Par où commencer ? 

L’être humain et sa quête de sens ne peuvent advenir qu’à travers lui-même, seul, comme s’il était un système fermé, c’est-à-dire séparé du reste du monde et des êtres.

On observe aujourd’hui une surconsommation des méthodes pour s’améliorer, trouver le calme, la paix, le bonheur, penser positivement, changer ses émotions, etc. Mais le développement personnel, la recherche de la réalisation de soi, la prétendue quête de spiritualité sont souvent des manières de nourrir ses propres illusions. 
Plus on vise le développement personnel et plus il finit « étrangement » par nous échapper17 Il n’est pas impliqué  ici que toute pratique/recherche visant à travailler certains aspects de soi est néfaste ou inutile, bien au contraire, mais qu’elle n’est pas une fin en soi : sinon elle peut risquer d’aboutir à une rigidité ou inversement et plus souvent à la surconsommation superficielle de matériaux, livres, enseignants, stages en tous genre…
Le sens ne réside pas dans sa propre tête, ou ne nous apparaîtra pas dans nos rêves ou même à travers une vision si nous méditons suffisamment longtemps ou à la suite d’une pratique intense de yoga. 

De ce fait, nous ne pouvons espérer trouver le sens par nous-mêmes bien qu’il ne puisse naître qu’en nous-mêmes. Nous avons besoin d’être en relation directe avec les autres.
Victor Frankl appelle cette caractéristique constitutive “l’auto-transcendance de l’existence humaine”. Elle dénote le fait que l’être humain pointe toujours, et est dirigé vers quelque chose ou quelqu’un d’autre que lui-même, que ce soit un sens à accomplir ou un autre être humain. « Plus on “s’oublie soi-même” – en se donnant à une cause à servir ou à une autre personne à aimer – plus on est humain et plus on s’actualise ». S’actualiser ici, c’est actualiser le sens en soi, à travers les épreuves, les rencontres, nos actions quotidiennes, nos choix. Ce n’est pas une simple étape à passer, mais plutôt un cheminement qui amène une certaine confiance face à la vie et à nos choix.

encre lignes, tâches
Encre de Chine | Camille Cosson

La limite de nos capacités intellectuelles,  l’émergence d’un sens

« La moindre chose qui a un sens vaut plus dans la vie que la plus grande des choses qui n’en a pas »
Carl G. Jung 

Victor Frankl était un psychiatre ayant passé 3 ans prisonnier dans des camps de concentration nazis.

Selon lui, les plus aptes à survivre étaient les prisonniers qui avaient une tâche à accomplir après leur libération. Connaître le « pourquoi » de son existence permet de supporter presque tous les « comment ». 

Mais le « pourquoi » dépasse souvent nos capacités intellectuelles, il nous faut donc apprendre à supporter notre incapacité à saisir le sens inconditionnel de la vie en termes rationnels. 

Il faut pouvoir passer par un processus, un cheminement, dont une des étapes préliminaires peut être appréhendée par la notion japonaise du Misogi, avant de pouvoir saisir le « pourquoi »  et qu’un sens émerge.

Ce terme japonais, tel qu’il est vu par le Res0, donne certaines clés pour faire face à cette épreuve : le Misogi, ici est en lien avec l’acceptation de ses propres impuissances, contradictions, par le travail de l’ascèse, qui permet de lâcher le superflu et de transformer la souffrance afin de la rendre constructive. 

A travers les situations de vie, notamment celles qui refusent de rentrer dans les schémas habituels ou préétablis, si notre rationalité finit par s’avouer vaincue, quelque chose d’autre peut émerger. En se confrontant à de telles situations et en se soumettant à la « tension » des choix impossibles qu’elles sous-tendent, par un lâcher-prise et une écoute, la vie finit par nous parler. Ce processus se prolonge à toutes les étapes de la vie, selon les épreuves rencontrées et les âges parcourus. 

Ici, il n’est surtout pas sous-entendu qu’il ne faut pas savoir trancher et prendre les décisions. Mais trancher en saisissant ses propres limites et l’impuissance de nos préconceptions, de notre mental. 

Il s’agit de le faire suffisamment pour pouvoir s’orienter autrement. Bien sûr, on se trompera, et c’est nécessaire, mais au fur et à mesure un dialogue pourra s’instaurer, car nous ne serons plus hypnotisés par notre propre pensée et pourrons ainsi intégrer des variables extérieures à notre propre construction mentale et plus difficiles à mettre dans nos cases préconçues.

Parfois, le sens de nos actes ne nous apparaîtra peut-être que bien plus tard, mais au fur et à mesure que ce dialogue émerge en conscience, il devient possible d’écouter la vie, de pouvoir finalement dialoguer un peu plus avec elle.

Confiance, solidarité et valeurs partagées

« C’est facile d’être un idéaliste naïf, c’est facile d’être un cynique réaliste. C’est une chose bien autre que de n’avoir aucune illusion mais de continuer à porter la flamme intérieure. »
Marie-Louise von Franz


Centrer sa vie sur la survie est sans doute l’erreur de la « philosophie survivaliste » qui n’intègre pas suffisamment la globalité de l’existence.

Si l’on base sa vie sur l’anticipation « du pire », on ne fera que vivre dans cette anticipation. 
C’est pourquoi il vaut mieux rappeler à soi un futur où malgré des épreuves, on fera du mieux que l’on peut pour les affronter de la manière la plus juste possible. Peu importe la forme que ce futur prendra, c’est la confiance en notre capacité à nous adapter, à toujours nous relever et à nous entraider autour d’un idéal et de valeurs communes qui permettra de dépasser la peur, les surréactions ou l’abattement. 

À propos de l’importance de valeurs partagées dans les différences

Une vision commune, un objectif commun peut rassembler, mais si après son accomplissement il ne reste que peu de liens réels et profonds entre ses acteurs, de liens autour d’une façon similaire d’envisager la vie, d’une cohérence autour des prises de décisions, autour d’intérêts et de valeurs partagées mais surtout d’un accord commun sur ce qui doit être au centre, alors l’ensemble s’effondre.

Ici n’est pas impliqué que chacun doit être dans un moule exact et qu’aucun conflit ne peut exister. Or on peut constater que c’est une erreur importante que font certains éco-lieux autour de la « transition ». Des personnes de tous les horizons se rassemblent pour « vivre ensemble », « être finalement heureuses », « construire ensemble » etc. Les décisions sont prises de manière collective, les avis de tous sont pris en compte, car on cherche à s’accepter dans ses différences, on utilise même la communication non violente pour ne pas heurter les sensibilités de chacun. Mais dans ce climat apparemment parfait règne un grand flou et de vives tensions. Il y est difficile de prendre les décisions importantes. Il n’y a pas de centre suffisamment fédérateur et solide. D’autant plus si ce centre est basé sur l’avoir et le matériel, plutôt que sur l’être et le savoir être ensemble.  
Le centre constitue le cœur et la fondation de ce qui portera les choix et les actions. 

Dessin pour le storyboard du film Dreams, 1990 | Akira Kurosawa,

Les données énumérées au début de cet article traduisent une tentative de trouver des informations qui puissent aider à saisir une partie des enjeux de la situation actuelle, pour essayer de comprendre dans quelles directions le monde se dirige et pouvoir s’orienter en conséquence.

Il n’est pas aisé de trouver des repères auxquels se fier. Mais peu importe à quel âge, que ce soit une fois des études bien entamées ou dans la sécurité d’un « bullshit job18Bullshit jobs est une expression américaine signifiant : « emplois à la con » désignant des emplois inutiles, absurdes, superficiels et vides de sens. Le terme a été popularisé par l’anthropologue américain David Graeber.
David Graeber : « Les “bullshit jobs”  se sont multipliés de façon exponentielle ces dernières décennies » – lemonde.fr https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/09/11/david-graeber-les-bullshit-jobs-se-sont-multiplies-de-facon-exponentielle-ces-dernieres-decennies_5353406_3234.html
», la prise de conscience que de grands bouleversements risquent de venir bousculer l’avenir confronte notre rôle social à la nécessité de faire des choix responsables dans un monde encore le nez dans le guidon, et par là même, à trouver des moteurs d’actions pour ces choix.

Peu importe ce qui se profile, les futurs incertains peuvent constituer une opportunité, nous aider à nous recentrer sur ce qui est essentiel, et à nous y réenraciner. Ce faisant nous pourrions en ressortir plus fort, et ainsi faire face avec plus de ressources aux éventuels aléas à venir, quels qu’ils soient ….

Références

Références
1 GIEC : Groupe International d’experts de l’Évolution du Climat
2 Le scénario 8,5 correspond à un scénario où aucun effort sur les émissions des gaz à effet de serre n’est réalisé et où la croissance de la consommation énergétique est la même aujourd’hui, jusqu’en 2050.
3 « Que les décideurs politiques ouvrent le débat sur l’effondrement de la société pour que nous puissions commencer à nous y préparer » – 10/12/2020 –   lemonde.fr –  https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/12/10/que-les-decideurs-politiques-ouvrent-le-debat-sur-l-effondrement-de-la-societe-pour-que-nous-puissions-commencer-a-nous-y-preparer_6062912_3232.html

L’appel de 1 000 scientifiques : « Face à la crise écologique, la rébellion est nécessaire » 20/02/2020 – lemonde.fr –https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/02/20/l-appel-de-1-000-scientifiques-face-a-la-crise-ecologique-la-rebellion-est-necessaire_6030145_3232.html
4 Le problème n’est pas tant la hausse des températures mais la vitesse à laquelle le changement se produit : l’augmentation précédente de température la plus rapide dans les 800 000 dernière années a été de +1°C, on se dirige dans le cas du RCP 8,5 vers un changement 10 fois plus rapide.
5 Fôrêts victimes de la sécheresse : “Le changement climatique est 10 fois plus rapide que la capacité d’adaptation des espèces” – 18/09/2020 – Marianne.net https://www.marianne.net/societe/forets-victimes-la-secheresse-le-changement-climatique-est-10-fois-plus-rapide-que-la
6 Les glaciers alpins ont déjà perdu entre 20 et 30% de leur volume depuis 1980 et pourraient voir leur volume régresser à nouveau de 30 à 70% d’ici à 2050 !
Inquiétudes sur la ressource en eau en montagne – 22/03/19 – La Revue l’Eau, l’Industrie, les Nuisances – https://www.revue-ein.com/actualite/inquietudes-sur-la-ressource-en-eau-en-montagne.

Impacts du changement climatique : Montagne et Glaciers – 16/11/2020 – ecologie.gouv.fr 
https://www.ecologie.gouv.fr/impacts-du-changement-climatique-montagne-et-glaciers

La « transfiguration » des Alpes, une « vision apocalyptique » du changement climatique – 01/02/2021 – lemonde.fr
https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/01/dans-les-alpes-une-vision-apocalyptique-du-changement-climatique_6068319_3244.html
7 Future de la niche climatique humaine / Future of the human climate niche – 26/05/2020 – PNAS – (article pour les anglophones) https://www.pnas.org/content/117/21/11350
8 Étude : Le golfe Persique pourrait connaître des chaleurs mortelles / Study: Persian Gulf could experience deadly heat – 26/10/2015 –  news.mit.edu.com – https://news.mit.edu/2015/study-persian-gulf-deadly-heat-1026 

La plaine du nord de la Chine menacée par des vagues de chaleur mortelles dues au changement climatique et à l’irrigation / North China Plain threatened by deadly heatwaves due to climate change and irrigation – 31/07/18 – nature.comhttps://www.nature.com/articles/s41467-018-05252-y
9 La rétroaction est l’action en retour d’un effet sur sa propre origine, on parle d’une boucle de rétroaction positive dans ce cas précis car l’augmentation des températures vient faire fondre les couches du permafrost, et libérer progressivement des gaz à effets de serre (méthane, CO2), qui participent à leurs tours à faire augmenter les températures. Cette rétroaction vient donc impacter « positivement » l’origine de l’augmentation des températures.
10 Le pergélisol (permafrost en anglais) désigne les sols dont la température se maintient en dessous de 0°C pendant plus de 2 ans.
11 Des centaines de milliards de tonnes de carbone sous la forme de CO2 et de méthane.
12 Un modèle du système terrestre montre une fonte auto-entretenue du permafrost même si toutes les émissions de GES d’origine humaine cessent en 2020) +/ An earth system model shows self-sustained thawing of permafrost even if all man-made GHG emissions stop in 2020 – nature.com –  article pour les anglophones :  https://www.nature.com/articles/s41598-020-75481-z
13 Russie, un enfant meurt à cause de l’anthrax libéré par la fonte des sols gelés. 02/08/2016 – leparisien.fr –https://www.leparisien.fr/faits-divers/russie-un-enfant-meurt-a-cause-de-l-anthrax-liberee-par-la-fonte-des-sols-geles-02-08-2016-6011361.php
14 Le pic du pétrole conventionnel a eu lieu en 2008 et son extraction est en baisse depuis cette année. Le pic tous pétrole aura lieu d’ici 2025. Pour ralentir ce pic, il faudrait multiplier la production du pétrole de schiste au moins par 3. Or le pétrole de schiste continue de perdre de l’argent aux États-Unis. Source : A.I.E. Agence internationale de l’énergie.
15 Étude du Think tank : Shift Project : Déclin de l’approvisionnement de L’UE en pétrole d’ici 2030. – https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2020/06/%C3%89tude_D%C3%A9clin-de-lapprovisionnement-de-lUE-en-p%C3%A9trole-dici-2030_TSP.pdf

L’europe risque de manquer de pétrole d’ici à 2030 – 23/06/2020 – lemonde.fr-
https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/06/23/l-europe-risque-de-manquer-de-petrole-d-ici-a-2030_6043842_3234.html
16 Evaluation des données du modèle World3 avec des données empiriques – Gaya Branderhor/Harvard https://dash.harvard.edu/bitstream/handle/1/37364868/BRANDERHORST-DOCUMENT-2020.pdf?sequence=1
traduction française disponible ici
17  Il n’est pas impliqué  ici que toute pratique/recherche visant à travailler certains aspects de soi est néfaste ou inutile, bien au contraire, mais qu’elle n’est pas une fin en soi : sinon elle peut risquer d’aboutir à une rigidité ou inversement et plus souvent à la surconsommation superficielle de matériaux, livres, enseignants, stages en tous genre…
18 Bullshit jobs est une expression américaine signifiant : « emplois à la con » désignant des emplois inutiles, absurdes, superficiels et vides de sens. Le terme a été popularisé par l’anthropologue américain David Graeber.
David Graeber : « Les “bullshit jobs”  se sont multipliés de façon exponentielle ces dernières décennies » – lemonde.fr https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/09/11/david-graeber-les-bullshit-jobs-se-sont-multiplies-de-facon-exponentielle-ces-dernieres-decennies_5353406_3234.html
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Dans les pas d’un géant : Ulysse from Bagdad

oeil dans la main Gibran
Le Monde Divin, Khalil Gibran en 1923.

Ulysse from Bagdad est un roman écrit par Eric-Emmanuel Schmitt et publié en 2008. L’auteur, qui dans ses romans comme ses pièces de théâtre sait si bien extraire ce qui relève de la quête et du sens dans la vie humaine, aborde deux sujets graves : la guerre et l’immigration clandestine. L’histoire, une fiction inspirée de faits réels et de l’Odyssée d’Homère, est celle de Saad Saad (“Espoir Espoir” en arabe et “Triste Triste” en anglais), un Arabe d’Irak d’une vingtaine d’années qui souhaite émigrer à Londres après la chute de Saddam Hussein. En effet, à partir de 2003 le chaos s’installe dans un pays qui peine à trouver son équilibre démocratique, et la vie quotidienne des Bagdadis est soudain hantée par la peur des attentats. Saad est confronté à la mort de plusieurs proches : Leila, sa fiancée, victime d’un missile tombé sur son immeuble ; son père, tué par erreur par les Américains ; Salma, « sa petite fiancée », sa nièce de six ans qui courait à travers Bagdad quotidiennement pour rassurer les femmes de la maison que Saad était toujours vivant ; Boub, son fidèle compagnon de voyage. Son périple est présenté comme la quête d’un avenir meilleur, symbolisé par l’Occident, et plus particulièrement par l’Angleterre, le pays d’Agatha Christie dont les romans, interdits sous le régime de Saddam Hussein, avaient fasciné Leila et Saad.

Tour de Babel, Bruegel L’Ancien, vers 1563, huile sur bois.

Des parallèles avec l’Odyssée d’Homère peuvent être décelés dans de nombreux passages1 Le voyage d’Ulysse est exploré plus en détail dans le Cycle du Guerrier – Partie 4 . Pour en souligner quelques-uns, la figure des Lotophages se retrouve dans la présence des 2 opiomanes et receleurs d’œuvres d’art qui permettent à Saad de quitter l’Irak; Saad crève l’oeil du Cyclope, un homme borgne à qui il doit échapper pour fuir le centre de détention à Malte; lorsqu’il échoue sur une plage de Sicile, il rencontre l’amour auprès d’une belle italienne, à l’image de Nausicaa; enfin l’idée de se cacher sous un mouton dans un troupeau est reprise lorsque Saad s’accroche au dessous d’un camion pour quitter l’Italie (Marques, 2014, p.44-46).

Le personnage de Saad est la grande force de ce roman, car sa persévérance face à l’infinité de défis auxquels il doit faire face surprend le lecteur chaque fois que Saad atteint une nouvelle destination. Le personnage créé par Schmitt reflète la réalité humaine, c’est-à-dire que l’identité de chacun a plusieurs facettes. Au fil des pages, des nouvelles épreuves rencontrées et de la famine, on comprend comment Saad (et tant d’autres) sombrent volontairement dans la clandestinité et finissent par devenir des déportés. En effet, ceux qui se lancent sur des barques en Méditerranée pour aller s’échouer en Europe ou au fond de l’eau, ont été déracinés dans leur propre pays et font ce voyage comme ultime recours. Le livre d’Éric-Emmanuel Schmitt « interroge la condition humaine, et surtout, le concept d’identité » (Marques 2014, p.42) et permet d’imaginer pourquoi ils abandonnent leurs pays, prennent le risque d’être traqués car sans-papiers, d’être réfugiés, arrêtés dans des camps, refoulés d’un pays qui représente l’espoir.

Pour rappeler rapidement le contexte géopolitique, avec le printemps arabe de 2011, on a vu s’embraser le nord de l’Afrique et une partie du Moyen Orient. En Occident, on nous fait croire que la raison principale des révoltes est l’émancipation des peuples envers leurs dictateurs, qui étaient cautionnés jusqu’à présent par nos démocraties. Or les principales raisons de ces révoltes sont la faim, le coût des aliments de base, l’absence de travail et le désespoir né de la certitude que dans ces pays, on ne peut plus vivre décemment.

Certains passages d’Ulysse from Bagdad (2008) donnent matière à réflexion. Ainsi, quand Saad fait une demande à l’ONU pour obtenir le statut de réfugié, il se heurte à l’orgueil des Occidentaux qui ont délivré l’Irak de la dictature et offert au peuple irakien la démocratie. Si les Irakiens ne savent pas recevoir un tel cadeau, l’Occident s’étonne de la nostalgie d’un peuple pour les heures plus paisibles de la dictature. Ainsi, on se sent empli d’incompréhension et de révolte devant la position qui est en fin de compte la nôtre, celle de l’Occident (Marques 2014, p.46). Même les atrocités subies par les compagnons de voyage de Saad ne suffisent pas à rentrer dans le club très sélect des réfugiés.

Et pour finir, il y a ces mots que nous livre un médecin français qui vient en aide aux sans-papiers, et qui remet même en cause l’Union Européenne : “Le problème des hommes, c’est qu’ils ne savent s’entendre entre eux que ligués contre d’autres. C’est l’ennemi qui les unit. En apparence, on peut croire que le ciment joignant les membres d’un groupe, c’est une langue commune, une culture commune, une histoire commune, des valeurs partagées ; en fait, aucun liant positif n’est assez fort pour souder les hommes ; ce qui est nécessaire pour les rapprocher, c’est un ennemi commun. Regardez ici, autour de nous. Au XIXème siècle, on invente les nations, l’ennemi devient la nation étrangère, résultat : la guerre des nations. Après plusieurs guerres et des millions de morts, au XXème siècle, on décide d’en finir avec les nations, résultat : on crée l’Europe. Mais pour que l’Union existe, pour qu’on se rende compte qu’elle existe, certains ne doivent pas avoir le droit d’y venir. Voilà, le jeu est aussi bête que cela : il faut toujours qu’il y ait des exclus.”Voici un discours qui frappe par la justesse de l’analyse et qui, figurant dans un roman publié en 2008, nous fait prendre conscience qu’aujourd’hui ce texte est encore plus que jamais d’actualité. Tout d’abord, il permet de comprendre à quel point reste encore dissimulé le rôle des différents acteurs à l’origine de cette vague migratoire qui, à l’inverse d’Ulysse qui tente de rentrer chez lui, pousse tant d’êtres humains à l’exil, reste encore en grande partie dissimulé. Enfin, on ferme ce livre avec la compréhension que, déracinés dans leur propre pays, beaucoup vont prendre le risque de partir vers l’inconnu, décrit comme un “eldorado” (Gaudé, 2006) pour conjurer la peur de la déportation. Ce risque encouru peut amener les concernés à perdre pied, et les difficultés sont tellement omniprésentes que la menace de devenir des “hommes de masse”2L’homme de masse, terme développé par Hannah Arendt après la seconde guerre mondiale, n’a pas, n’a plus, de conviction propre. Il a capitulé de l’intérieur et se retrouve déraciné et isolé même au milieu des siens. L’idéologie totalitaire par sa rationalité le rassure et lui donne l’impression de faire partie d’un tout organisé. L’homme de masse est séduit par la cohérence et l’apparente infaillibilité du système. La principale caractéristique de l’homme de masse n’est pas la brutalité ou le retard mental, mais l’isolement et le manque de rapports sociaux normaux. pointe à l’horizon, en particulier si le positionnement intérieur n’est pas suffisamment solide et préparé.

Steve Jobs
Une oeuvre réalisée par Banksy à Calais.
Bibliographie
  • Gaudé, Laurent (2006) Eldorado. Actes Sud.
  • Schmitt, Eric-Emmanuel (2008) Ulysse from Bagdad. Paris : Editions Albin Michel.

Références

Références
1 Le voyage d’Ulysse est exploré plus en détail dans le Cycle du Guerrier – Partie 4
2 L’homme de masse, terme développé par Hannah Arendt après la seconde guerre mondiale, n’a pas, n’a plus, de conviction propre. Il a capitulé de l’intérieur et se retrouve déraciné et isolé même au milieu des siens. L’idéologie totalitaire par sa rationalité le rassure et lui donne l’impression de faire partie d’un tout organisé. L’homme de masse est séduit par la cohérence et l’apparente infaillibilité du système. La principale caractéristique de l’homme de masse n’est pas la brutalité ou le retard mental, mais l’isolement et le manque de rapports sociaux normaux.
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Découverte et incertitudes Sciences

Cartographie du Cosmos

A rebours des comptes rendus factuels de nos connaissances de l’Univers, voici un voyage poétique à travers le Cosmos dont le but n’est pas seulement de donner des dates et des tailles mais de souligner la beauté du Monde.

Suggestion musicale pour accompagner la lecture
YOM – Songs for the old man

Cartographie du Cosmos 

Comme les cartographes des temps anciens, partons à notre tour à la découverte de l’inconnu. Cette fois, ce ne sera pas à travers les flots et les tempêtes mais à travers les océans de vide de l’espace, à travers les champs d’astéroïdes gelés et les systèmes solaires exotiques et inexplorés de notre univers. Ici, plus de Kraken ou de Sirènes, les dangers sont identifiés bien que nimbés de mystère, ils s’appellent trous noirs et supernovæ. On ne craint plus d’atteindre le bord du monde, on cherche à repousser la limite de l’Univers connu. 

Voie lactée hd
Voie Lactée depuis la Terre

MAX PIXEL /CC0 DOMAINE PUBLIQUE

Embarquons pour notre quête. 

À mesure que nous nous éloignons du lieu de naissance de l’Humanité, ce petit rocher couvert d’océans, nous regardons une dernière fois, avec nostalgie, vers la Terre. Puis nous nous tournons vers l’inconnu et mettons le cap vers le centre de notre Galaxie, la Voie Lactée. Celle-ci a la forme d’une double spirale relativement aplatie. Nous nous trouvons sur l’un des bras de ces spirales, le bras d’Orion, situé dans la périphérie de la galaxie. À mesure que nous nous rapprochons du centre, la densité d’étoiles augmente. Ici le ciel étoilé ne ressemble pas à notre ciel nocturne. Les étoiles sont beaucoup plus rapprochées et nombreuses. Chaque étoile correspond à un système solaire avec une ou plusieurs planètes orbitant autour et il y a des centaines de milliards d’étoiles dans la Voie Lactée. 

ciel poésie
Plus on se rapproche du centre galactique, plus la densité d’étoile augmente

PHOTOGRAPHIE DE JEREMY THOMAS – UNSPLASH CC0

Nous sommes maintenant si proches du centre que dans n’importe quelle direction où l’on regarde, nous ne voyons qu’un amas de lumière, on ne peut même plus distinguer les étoiles individuellement. Vous vous rappelez cette traînée laiteuse que vous admiriez quand vous étiez sur Terre ? Vous êtes maintenant en plein dedans. Soudain, une tache sombre apparait droit devant. Elle s’agrandit à mesure que notre vaisseau se rapproche. Bientôt elle occupe tout notre champ de vision, elle est d’un noir profond, comme vous n’en avez jamais vu. 

Il s’agit du centre de notre Galaxie, le trou noir supermassif autour duquel toutes les étoiles de la Voie Lactée, y compris notre Soleil, gravitent inlassablement. Son nom est Sagittarius A*. Ce grand-père a peut-être connu les débuts de l’Univers. Contrairement aux trous noirs stellaires de masse plus petite et nés de l’effondrement d’une étoile en fin de vie, l’origine des trous noirs supermassifs est encore débattue, donc incertaine. Mais l’on ressent déjà les effets de marée causés par sa masse incroyable qui nous attire inexorablement tel Charybde, ce monstre marin de la mythologie grecque. Nous devons changer de cap avant de franchir l’horizon des évènements au-delà duquel aucun retour ne sera possible. Mieux vaut ne pas s’attarder, qui sait où se cache Scylla ? Nous prenons donc une direction perpendiculaire à l’axe équatorial de la Galaxie, nous pourrons alors l’observer « par le haut » même si cela n’a pas de sens dans l’espace. 

Représentation d’un trou noir comme Sagittarius A*

Nous sommes désormais au-dessus du disque galactique. Nous remarquons de nombreux amas stellaires très denses. Ce sont les amas globulaires où se trouvent certaines des étoiles les plus vieilles de la Galaxie. Notre regard se tourne notamment vers l’étoile HD 140283 aussi connue sous le nom d’Étoile-Mathusalem car ayant un âge estimé à 13.66 milliards d’années, cette grand-mère stellaire serait donc née presque immédiatement après la naissance de l’Univers (estimée à 13.8 milliards d’années). Elle a vu l’humanité naître et se développer. Elle sera sûrement encore là quand nous ne le serons plus. 

Représentation de la voie lactée

WIKIPEDIA – CREATION ARTISTIQUE PAR AKWA L’image a été crée à partir de plusieurs sources : Hubble2005-01-barred-spiral-galaxy-NGC1300.jpg, M101 hires STScI-PRC2006-10a.jpg, Milky Way 2010.jpg.

Nous sommes maintenant suffisamment loin « au-dessus » de la Voie Lactée pour pouvoir observer des galaxies satellites de la nôtre. Celles-ci sont naines et souvent de forme irrégulière. Elles ne possèdent que quelques milliards d’étoiles contre plusieurs centaines de milliards pour la Voie Lactée. Elles s’appellent Galaxies du Grand Chien, du Sagittaire, de la Petite Ourse, du Dragon, de la Carène, du Sextant, du Sculpteur et d’autres encore. On remarque également deux galaxies : le Petit et le Grand Nuages de Magellan. Ceux-ci tournent autour de notre Galaxie, et lui sont reliés par les courants magellaniques, des courants de matières provenant de ces galaxies satellites et que la Voie Lactée absorbe inlassablement.

représentation groupe local
Représentation du Groupe Local. Chaque point correspond à une galaxie. La Voie Lactée et la Galaxie d’Andromède étant les deux plus grandes.

CREATION D’ ANDREW Z. COLVIN (CC BY-SA 3.0) WIKIMEDIAS

Mais nous ne sommes pas seuls. Notre Galaxie a une rivale, ou une amante : la Galaxie d’Andromède. C’est la seule galaxie visible à l’œil nu depuis la Terre. Elle est visible dans la Constellation d’Andromède depuis l’hémisphère nord. D’ici nous pouvons la contempler à côté de la Voie Lactée. La Galaxie d’Andromède possède quelque mille milliards d’étoiles, elle est donc plus grande que notre Galaxie. Chacune possède plusieurs galaxies satellites qui leur tournent autour. Ces deux sous-groupes de galaxies forment le Groupe Local, un nom bien peu poétique pour désigner cet ensemble d’une soixantaine de galaxies. Il existe une grande rivalité ou histoire d’amour entre notre Voie Lactée et Andromède. Ces deux galaxies se foncent dessus à la vitesse de 120 kilomètres par secondes telles deux chevaliers lors d’une joute ou deux amants se retrouvant. Elles entreront en collision dans 4 milliards d’années, pour ne former qu’une seule galaxie géante. Heureusement, il y a tellement de vide entre les différentes étoiles de ces deux galaxies, que lors de leur rencontre, les étoiles se mélangeront presque sans collisions, les deux galaxies fusionnant en une seule. Notre système solaire se retrouverait projeté aux confins de cette nouvelle galaxie, bien plus en périphérie que notre situation actuelle dans la Voie Lactée. Mais hormis le ciel nocturne qui changera, nous ne nous percevrons rien de ce combat de titans. Tout comme une fourmilière ne remarque pas le combat entre deux guerriers au-dessus d’elle.

andromède galaxy 20h exposition
andromède galaxy 20h exposition

Nous prenons à nouveau du recul, laissant derrière nous ce combat titanesque. Nous pouvons maintenant contempler dans sa globalité le superamas de la Vierge. Le spectacle qui s’offre à nous est celui de plusieurs amas de galaxies, dont le Groupe Local où se trouve la Voie Lactée et la galaxie d’Andromède. Chaque amas est constitué de plusieurs galaxies de tailles et de formes différentes, et chacune possédant des milliards d’étoiles. En plus du Groupe Local, il y a l’amas de la Grande Ourse, des Chiens de Chasse, du Fourneau, du Lion, du Sculpteur et l’amas la Vierge qui, de par sa position centrale, donne son nom au superamas.

Superamas de la Vierge.
Représentation du Superamas de la Vierge. Chaque point lumineux représente un amas galactique comme le Groupe Local.

Mais notre voyage n’est pas terminé. Il nous reste encore une étape avant d’atteindre le bord du monde connu, une échelle de gigantisme à explorer. Cette étape, c’est Laniakea. « Paradis incommensurable » ou « horizon céleste immense » en hawaïen. C’est le nom que lui a donné Hélène Courtois, la géographe du cosmos qui a découvert son existence. Elle a choisi ce nom pour plusieurs raisons, une d’entre elles étant que le nom Laniakea est facilement prononçable dans presque toutes les langues. Ainsi tout être humain peut prononcer le nom de l’endroit où nous nous trouvons dans l’immensité de l’Univers. Laniakea est un ensemble galactique englobant le superamas de la Vierge et deux autres superamas. Et malgré sa taille gigantesque, ses milliers de Galaxies et les milliards de milliards d’étoiles qu’elle contient, Laniakea ne fait que 4% du diamètre de l’Univers observable. Et l’Univers observable n’est qu’une fraction de l’Univers réel. Imaginez les infinités de mondes existant là-bas, dans les étoiles.

laniakea
Représentation de Laniakea, on peut distinguer les trois superamas qui la constitue, celui de droite étant le Superamas de la Vierge. Notre position est indiquée par un point rouge.

Notre place dans l’Univers, notre position dans le formidable ballet cosmique est donc : planète Terre, troisième planète du Système Solaire, Bras d’Orion de la Voie Lactée, Groupe Local du Superamas de la Vierge, Laniakea. C’est sur cette planète unique que l’Humanité est apparue, et devant l’immensité de l’Univers, comment ne pas s’émerveiller devant la diversité infinie des mondes qui nous attendent par-delà les étoiles ?

“La Terre est le berceau de l’humanité mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau.”

Constantin Tsiolkovski, le père de la cosmonautique moderne.